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Société Mycologique Belfort

Lundi 25 mai 2026 à l’étang Colin : « Champignons et compagnie… au fil de l’eau » avec la Maison de l’Environnement du Malsaucy.

Dans le cadre de la semaine de la nature de la MDE, une 1ère sortie à l’étang Colin a eu lieu ce lundi de Pentecôte, par un après-midi chaud et ensoleillé où nous devions observer des plantes carnivores. Comme c’est la nature qui décide, ces plantes, les Droseras, n’étaient pas au rendez-vous. D’autres plus fidèles, comme les mousses, sont toujours là dans la forêt, même par temps sec, dans la tourbière et dans les endroits restés humides. Sans compter les champignons, en attente d’être découverts…

C’est aussi le thème de la saison 2026 de la MDE « L’eau pour la vie » qui nous a conduit à comprendre pourquoi les tourbières en général sont si importantes pour notre survie, tant par leur stockage en eau que par celui du carbone en ces temps de changement climatique.

Une mousse : la sphaigne, est à l’origine de la formation de cette tourbière située sur les flancs nord et nord-ouest de l’étang et participe avec d’autres plantes de ce milieu humide, à sa qualification de réserve naturelle gérée par le Département du Territoire de Belfort. Cette partie de l’étang s’est atterrie au fil des années et forme maintenant une zone tourbeuse gorgée d’eau, voire partiellement inondée, quand les conditions météorologiques lui sont favorables. Cette zone humide est d’une très grande qualité écologique puisqu’elle accueille, entre autres, une plante insectivore, protégée au niveau national : Drosera intermedia, dont c’est l’unique station du département.

La sphaigne, sans laquelle la tourbière ne pourrait se former, est capable de stocker 30% de son poids en eau. Un chiffre qui en dit long :10kg de cette mousse en poids sec a la capacité d’emmagasiner 710 à 720 litres d’eau.

Expérience à l’appui : quand on presse une poignée de sphaignes, de l’eau s’écoule !

Sphaignes et Droseras

La sphaigne a une longue tige qui meurt à sa base et continue à croître à son sommet par son bourgeon apical. Cette accumulation de parties mortes au fil des années, des siècles et des millénaires contribuent à former la tourbe, avec d’autres débris végétaux des plantes de la tourbière (joncs, carex, linaigrettes, mollinies…) En effet, dans ce milieu acide, leurs parties mortes ne se décomposent que partiellement : la sphaigne est capable d’échanger des cations Ca+, Mg+, Na+, K+ (minéraux qu’elle absorbe) avec des protons H+ (qu’elles restituent au milieu). Le Ph diminue (augmentation de la teneur en hydrogène), il devient acide et empêche la décomposition des matières organiques mortes.

N’a-t-on pas retrouvé dans les grandes tourbières d’Irlande et du Dannemark, des corps momifiés d’une étonnante conservation ! Pour exemple : l’homme de Tollund au Dannemark, ayant vécu il y a 2400 ans…

C’est aussi pour cette raison que des plantes « extraordinaires » poussent dans ces milieux pauvres en nitrates (composés azotés), du fait de la non décomposition des matières organiques. La Drosera se fournira en protéines (molécules contenant de l’azote) en capturant des insectes qui succomberont au mirage de la rosée. Ses petites feuilles possèdent des poils rouges qui produisent à leur extrémité une gouttelette transparente imitant la rosée du matin (en réalité un mucilage collant). L’insecte, attiré, viendra s’y abreuver, sera piégé et malgré tous ses efforts, ne pourra s’échapper. Son destin sera scellé ! Les poils et les feuilles vont se refermer inexorablement sur lui. Cela peut mettre 1 à 2 h, les sucs digestifs produits par la feuille vont alors lentement digérer les matières molles du malheureux insecte et seule sa cuticule sera rejetée… Belle, mais redoutable !! En été, elle produit une hampe de petites fleurs blanches qui se dresse au milieu des feuilles : une innocence trompeuse…

Drosera intermedia, qui se développe à l’étang Colin, a ses feuilles de taille intermédiaire entre la Drosera à feuilles rondes « rotundifolia » et celle à feuilles longues « longifolia »).

On appelle aussi les Droseras : Rossolis, qui signifie rosée du soleil.

Et pour la légende : « rosée du diable », les sorciers allaient la cueillir la nuit de la St Jean et repartaient à reculons par peur du diable.

Une deuxième plante carnivore, l’utriculaire présente aussi à l’étang Colin, possède une autre technique. Elle capture ses petites proies dans l’eau, grâce à des utricules : petites outres, munies d’un poil et d’un clapet, fixées sur des rameaux immergés : quand un animalcule approche, le cil vibre, le clapet rentre dans la cavité de l’outre, ce qui provoque une aspiration de l’eau avec les petits animaux (zooplancton) qu’elle contient. Ils seront digérés, selon le même principe que les droséras, avec des enzymes digestives, mais leurs déchets ne seront pas éliminés.

Sa très belle fleur jaune attire les insectes pour sa pollinisation, Ceux-là ne risquent rien ! L’utriculaire, plante flottante, aux longs rameaux portant des feuilles linéaires et des utricules, peut ainsi dériver dans les trous d’eau.

De belles fleurs jaunes qu’on ne peut ignorer dans cet univers impitoyable : celle de l’Iris, qui s’adapte à tous les plans d’eau pourvu qu’il ait la tête au soleil et les pieds dans l’eau : l’Iris faux-acore ou Iris des marais ou encore « Flambe-eau » pour ses fleurs jaunes lumineuses dressées au centre de ses feuilles en forme de glaive !

L’Iris : tout un symbole ! L’emblème de la royauté n’est pas la fleur de Lys, mais celle de l’Iris!

En 507, Clovis la choisit comme symbole, suite à sa victoire de la bataille de Vouillé contre les Wisigoths, dans les marais de la Vienne. Elle le sera aussi pour tous les rois de France. A partir de Louis VII Le Jeune, on l’appela « Fleur de Louys », qui devint fleur de lys.

L’Iris : des fleurs un peu compliquées :

La fleur a 6 tépales (sépales et pétales qui ont la même couleur et souvent la même apparence) : 3 tépales externes retombants et 3 tépales internes, étroits, dressés et beaucoup plus petits. 3 grands stigmates pétaloïdes (l’extrémité du pistil) et 3 étamines cachées complètent le tableau de cette fleur éphémère, vite remplacée par d’autres, en attente sur la tige.

Ses fruits sont des capsules à 3 compartiments : elles flotteront au fil de l’eau pour aller implanter leurs graines vers d’autres horizons.

Plus près, son rhizome épais se charge aussi de le multiplier. Capable de purifier l’eau par des micro-organismes qui y sont fixés, on l’utilise pour les systèmes de lagunage.

Fréquentant les bords de l’étang, l’aulne, cet arbre qui pousse aussi les pieds dans l’eau, a besoin de nitrates dans ce milieu pauvre en matières organiques et souvent en manque d’oxygène. Pour s’assurer une meilleure croissance, il a décidé de s’associer avec des bactéries du genre « Frankia » (groupe des actinomycètes) pour former des nodosités : les actinorhizes : petits nodules agglomérés de couleur orange, fixés sur les racines de l’aulne. Il semblerait qu’un signal de l’aulne en carence d’azote attire ces bactéries filamenteuses qui s’introduisent dans les poils absorbants des racines de l’arbre. Ceux-ci forment alors des petits nodules autour des bactéries, qui s’agglomèrent et constituent des boursouflures ou sortes de tumeur.

Les bactéries captent l’azote de l’air (N). Celui-ci se transformera en NH3 (ammoniac) avec l’hydrogène présent, ce qui entrainera la formation d’acides aminés, bases des protéines, indispensables à tout être vivant.

Puis le monde sexué des mousses nous interpelle dans le sous-bois qui longe l’étang ! Des mousses mâles et des mousses femelles du genre « Polytric ». Les plus faciles à reconnaître sont les mousses femelles avec leurs sporogones (ou sporophytes) au bout d’un long filet (ou soie) qui produit des spores ! pas encore mûres à ce stade, les spores sont dans une capsule fermée par un couvercle ou opercule et recouverte par une coiffe. Quand elles arrivent à maturité, la coiffe s’envole, le couvercle s’ouvre et laisse échapper les spores.

Auparavant, les mousses mâles auront rempli leur rôle. A leur sommet, une sorte de coupe contenant des petits organes mâles ou anthéridies contenant des cellules mâles ou anthérozoïdes. Les pieds femelles ont un organe femelle appelé archégone qui contient une cellule : l’oosphère. Pour qu’une fécondation ait lieu entre les anthérozoïdes et les oosphères, les mousses doivent être réunies par des gouttes d’eau, (rosée, pluie), sans cela les anthérozoïdes ne pourraient nager jusqu’aux oosphères pour les féconder.

A la différence de la graine des plantes à fleurs, contenant un embryon avec des réserves nutritives, qui redonne une nouvelle plante quand elle germe, la spore, elle, produit un stade intermédiaire : le protonéma sur lequel se développeront les nouveaux pieds de mousse mâles et femelles ou gamétophytes (alternance de deux cycles : génération sexuée et génération asexuée).

Si les sphaignes, sont capables de stocker l’eau grâce à de grosses cellules : les hyalocystes pour la restituer en cas de besoin, les polytrics se dessèchent rapidement, mais si on les réhydrate, elles reviennent à leur état normal en quelques secondes. Les mousses ont un pouvoir de reviviscence (n’ayant pas de racines, mais seulement des rhizoïdes, poils fixateurs, elles absorbent l’eau par toute la surface de leurs feuilles !).

Sphaignes et Polytrics

Mousses mâles

Mousses femelles avec sporogones

Mousses mâles et femelles

Les mousses et les champignons vont souvent de pair, alors, où peut-on trouver ces derniers, quand la météo ne leur est pas favorable ? Avec Charles, pas de forêt sans champignon ! Sècheresse ou pas… Certains ne nous font pas défaut : ils poussent sur les arbres morts ou vivants et ont toujours de la matière pour vivre ! Il suffit de prendre un morceau de bois et Charles vous parlera latin en dénommant toutes les espèces qu’il vous fera découvrir, ainsi que leur vie tumultueuse (parasite, saprophyte, symbiotique…), sans compter les lichens accrochés à leur support, dont il vous dévoilera le mode de vie, celui d’un champignon associé à son algue, ainsi que toute la face cachée des champignons dans le sol !

Alors que la chaleur augmente et que certains se réfugient à l’ombre du chalet des pêcheurs, un petit groupe se joint à Louis, parti explorer les roseaux phragmites. Ces grandes tiges, au bord de l’étang recèlent des « trésors » insoupçonnés. La preuve : Mollisia phragmitis, Lachnum controversum, Calycina scolochloae, avec observations à la loupe et photos à l’appui !

Et auparavant sur les ronces, sans se piquer : Pyrenopeziza escharodes.

Il faudra s’y habituer…

Mollisia phragmitis

Lachnum controversum

Pyrenopeziza escharodes Photos Louis Deny

« Au diable », la rosée du soleil qui n’a pas voulu se montrer, nous ne reculerons pas devant elle ! La nature nous réserve toujours des surprises. Il suffit de ne pas passer à côté…

Les photos des droseras et de l’utriculaire ont été prises en 2018 à l’étang Colin, pendant une période de sécheresse. Les rameaux portant les feuilles de l’

utriculaire sont dans un trou d’eau asséché.

Agnès Greset