Société Mycologique Belfort

Une matinée à Froideval : beaucoup de bois mort et peu de sens de l’orientation

Le 13 juin dernier, notre petite troupe mycologique s’est aventurée du côté de Froideval. Une de ces sorties où l’on part « juste faire un petit tour »… avant de passer plusieurs heures le nez collé aux troncs, aux branches et aux feuilles mortes.

À peine sortis des voitures, le ton était déjà donné : dès le premier pas, une branche recouverte de Bertia moriformis, étonnant petit champignon en forme de mûre, nous attendait sagement sur le parking.

Après avoir traversé la route, nous empruntons le chemin forestier où apparaissent les premières observations des grands « classiques » du bois mort, toujours fidèles au rendez-vous. Parmi eux, les minuscules Mollisia cinerea, particulièrement appréciées de Louis, qui semble avoir un goût prononcé pour les organismes nécessitant l’usage d’une loupe, ainsi que Diatrype flavovirens, qui forme une croûte noire laissant apparaître, lorsqu’on la coupe, une étonnante coloration jaune.

Remue-méninges autour d’un bout de bois

Mollisia cinerea (Batsch) P.Karst., 1871 – Photo F. Thiery

Diatrype flavovirens (Pers.) Fr., 1849 – photo F. Thierry

Fomitiporia robusta (P.Karst.) Fiasson & Niemelä, 1984 – Photo F. Thiery

Très vite, un imposant polypore attire tous les regards. Nous faisons alors connaissance avec Fomitiporia robusta, un champignon assez rare qui apprécie les vieux chênes et dont la présence trahit souvent la maturité des arbres qu’il colonise. Quelques mètres plus loin, changement d’échelle : sur une simple feuille de hêtre se cache le minuscule Mycena stylobates. Malgré sa taille lilliputienne, il se reconnaît facilement grâce à son disque basal.

Mycena stylobates (Pers.) P.Kumm., 1871 – Photo F. Thiery

Notre passage dans la hêtraie est l’occasion d’évoquer les champignons endophytes et leurs relations très intimes avec les arbres. Et justement, en voilà un : Ascodichaena rugosa, installé sur l’écorce d’un jeune hêtre. Contrairement aux apparences, ce colocataire n’est pas un parasite mais plutôt un allié protecteur contre divers agresseurs. Comme quoi, tous les squatteurs ne sont pas mauvais.

En baissant un peu les yeux, nous apercevons quantité de petites boules rouges. Non, malheureusement, pas de groseilles sauvages pour le dessert ! Il s’agit en réalité de parasites de champignons. Le premier, Cosmospora arxii, se développe sur l’hypoxylon en forme de fraise. Le second, Dialonectria ullevolea, observé sur Diatrype decorticata, a longtemps été confondu avec Cosmospora episphaeria. Comme souvent en mycologie, les spécialistes aiment compliquer les choses avec enthousiasme !

Dialonectria ullevolea Seifert & Gräfenhan, 2011 – Photo F. Thiery

La balade se poursuit avec enfin quelques champignons mycorhiziens : Amanita excelsa et Russula pseudointegra. Cette dernière, joliment rouge, possède une chair douce, une sporée jaune et une saveur légèrement mentholée. Une russule qui aurait presque des airs de bonbon… mais qu’il vaut mieux tout de même laisser en forêt.

Le sol du secteur est composé de loess et loess-lehm, qui sont des dépôts sédimentaires formés par l’accumulation de limons issus de l’érosion éolienne. Comme le suggère la végétation environnante, le sol est légèrement acide, avec par exemple la présence de Carex brizoides, surnommé le “crin végétal”. Longtemps utilisé pour rembourrer les matelas jusque tard au XXe siècle, il était apprécié pour ses qualités élastiques et isolantes, bien supérieures à la paille. Dans les Vosges, cette plante a même hérité du charmant nom d’herbe “à coucher la Colette”. Certains noms vernaculaires mériteraient vraiment d’être remis à la mode ! 

Cosmospora arxii (W.Gams) Gräfenhan & Schroers, 2011

Un détour par la sapinière nous permet de casser quelques branches mortes encore suspendues afin d’y observer le mycélium gris-bleu de Kirschsteiniothelia thujina. Ce champignon est d’une banalité absolue puisqu’il est présent dans pratiquement toutes les sapinières… et pourtant, il n’a été signalé en Europe que depuis 2015. Comme quoi, il suffit parfois de regarder d’un peu plus près ce qu’on croyait connaître depuis toujours.

Sur notre chemin, nous observons également quelques myxomycètes plutôt communs. Malgré leur apparence, les myxomycètes ne sont pas des champignons. Ils appartiennent au règne des Protozoaires, l’un des sept grands règnes du vivant. Le premier observé est Fuligo septica, plus connu sous les noms de « fleur de tan ». Le « tan » désignait autrefois le broyat d’écorce de chêne utilisé pour le tannage des peaux. Le mot provient du gaulois tanno, qui signifie « chêne ». Comme ce myxomycète poussait fréquemment sur ce substrat, il en a hérité son nom vernaculaire. Cette ancienne racine gauloise se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux mots français comme « tanneur » ou « tanins », mais également dans l’allemand Tanne (« sapin ») ou encore dans certains noms de lieux comme la ville de Thann, dans le Haut-Rhin, entourée de montagnes couvertes de conifères.

Kirschsteiniothelia thujina (Peck) D.Hawksw., 1985 – Photo F. Thiery

Fuligo septica (L.) F.H.Wigg., 1780 – Photo F. Thiery

Ceratiomyxa fruticulosa (O.F.Müll.) T.Macbr., 1899 – Photo F. Thiery

Puis vient le clou du spectacle : la découverte du rare Aeruginoscyphus sericeus. Cette espèce forme de magnifiques petites apothécies bleu-vert, soyeuses et hérissées, sur le bois décortiqué des souches de hêtre et de chêne. Tout comme les Chlorociboria, elle est capable de teinter le bois d’un superbe vert profond. Sous la loupe binoculaire, le spectacle devient tout simplement magique. À cet instant précis, plus personne ne pense à l’heure du retour… ni à l’état probable des pantalons après plusieurs heures passées accroupis dans les feuilles humides !

Mais il faut bien penser au retour… même si, à force de marcher le nez collé au sol, nous ne savons bientôt plus très bien où nous sommes. Heureusement, un rapide coup d’œil au GPS permet de retrouver notre chemin et de confirmer que certains membres du groupe possèdent un remarquable sens de l’orientation… tandis que d’autres pourraient probablement se perdre dans un rond-point.

Sur le trajet du retour, nous complétons encore nos observations avec quelques lichens, notamment Graphis pulverulenta, reconnaissable à ses lirelles allongées évoquant de petits signes gravés dans l’écorce. Leur aspect blanchâtre, dû à une fine pruine, est d’ailleurs à l’origine de son nom. Nous observons également Normandina pulchella, minuscule lichen formant de petites « feuilles » vertes et vivant en association avec des hépatiques du genre Frullania.

Aeruginoscyphus sericeus (Alb. & Schwein.) Dougoud, 2012 – Photo C. Grapinet

Normandina pulchella (Borrer) Nyl., 1861 – Photo F. Thiery

Et puisqu’aucun règne du vivant ne nous laisse indifférents, nous prenons aussi le temps d’admirer quelques animaux croisés au passage : carabe coriace, cocon de ponte d’araignée du genre Ero, libellules, plumes de pigeon ramier… Car une sortie naturaliste finit souvent par devenir un joyeux prétexte pour s’émerveiller de tout.

Finalement de retour au parking, il est temps de se séparer après cette courte mais réjouissante matinée, riche en émerveillement devant ces minuscules trésors forestiers qui savent si bien récompenser ceux qui prennent le temps de regarder.

Charles

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Aeruginoscyphus sericeus (Alb. & Schwein.) Dougoud, 2012

Ascomycètes (1.2.2.1)

Amanita excelsa (Fr.) Bertill., 1866

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Ascodichaena rugosa Butin, 1977

Ascomycètes (1.2.2.1)

Bertia moriformis (Tode) De Not., 1844

Ascomycètes (1.2.2.1)

Biscogniauxia nummularia (Bull.) Kuntze, 1891

Ascomycètes (1.2.2.1)

Bjerkandera adusta (Willd.) P.Karst., 1879

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Ceratiomyxa fruticulosa (O.F.Müll.) T.Macbr., 1899

Myxomycètes et affines (1.2.3)

Chlorociboria aeruginascens (Nyl.) Kanouse ex C.S.Ramamurthi, Korf & L.R.Batra, 1958

Ascomycètes (1.2.2.1)

Cladonia coniocraea (Flörke) Spreng., 1827

Lichens (1.2.1)

Collybia fusipes (Bull.) Quél., 1872

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Cosmospora arxii (W.Gams) Gräfenhan & Schroers, 2011

Ascomycètes (1.2.2.1)

Dacrymyces stillatus Nees, 1816

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Daedaleopsis confragosa (Bolton) J.Schröt., 1888

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Dialonectria ullevolea Seifert & Gräfenhan, 2011

Ascomycètes (1.2.2.1)

Diatrype decorticata (Pers.) Rappaz, 1987

Ascomycètes (1.2.2.1)

Diatrype flavovirens (Pers.) Fr., 1849

Ascomycètes (1.2.2.1)

Erysiphe alphitoides (Griffon & Maubl.) U.Braun & S.Takam., 2000

Ascomycètes (1.2.2.1)

Eutypella quaternata (Pers.) Rappaz, 1987

Ascomycètes (1.2.2.1)

Flavoparmelia caperata (L.) Hale, 1986

Lichens (1.2.1)

Fomes fomentarius (L.) Fr., 1849

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Fomitiporia punctata (P.Karst.) Murrill, 1947

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Fomitiporia robusta (P.Karst.) Fiasson & Niemelä, 1984

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Fuligo septica (L.) F.H.Wigg., 1780

Myxomycètes et affines (1.2.3)

Ganoderma applanatum (Pers.) Pat., 1887

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Graphis pulverulenta (Pers.) Ach., 1809

Lichens (1.2.1)

Hymenochaete rubiginosa (Dicks.) Lév., 1846

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Hypoxylon fragiforme (Pers.) J.Kickx f., 1835

Ascomycètes (1.2.2.1)

Hypoxylon fuscum (Pers.) Fr., 1849

Ascomycètes (1.2.2.1)

Jackrogersella cohaerens (Pers.) L.Wendt, Kuhnert & M.Stadler, 2017

Ascomycètes (1.2.2.1)

Jackrogersella multiformis (Fr.) L.Wendt, Kuhnert & M.Stadler, 2017

Ascomycètes (1.2.2.1)

Kirschsteiniothelia thujina (Peck) D.Hawksw., 1985

Ascomycètes (1.2.2.1)

Lycogala epidendrum (J.C.Buxb. ex L.) Fr., 1829

Myxomycètes et affines (1.2.3)

Melogramma campylosporum Fr., 1849

Ascomycètes (1.2.2.1)

Mollisia cinerea (Batsch) P.Karst., 1871

Ascomycètes (1.2.2.1)

Mycena stylobates (Pers.) P.Kumm., 1871

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Mycetinis alliaceus (Jacq.) Earle ex A.W.Wilson & Desjardin, 2005

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Normandina pulchella (Borrer) Nyl., 1861

Lichens (1.2.1)

Panaeolus foenisecii (Pers.) J.Schröt., 1926

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Parmelia sulcata Taylor, 1836

Lichens (1.2.1)

Pluteus cervinus (Schaeff.) P.Kumm., 1871

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Polyporus ciliatus Fr., 1815

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Russula pseudointegra Arnould & Goris, 1907

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Schizopora paradoxa (Schrad.) Donk, 1967

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Stereum hirsutum (Willd.) Pers., 1800

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Stereum insignitum Quél., 1890

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Stigmina carpophila (Lév.) M.B.Ellis, 1959

Ascomycètes (1.2.2.1)

Trametes versicolor (L.) Lloyd, 1921

Basidiomycètes (1.2.2.2)

Trichia decipiens (Pers.) T.Macbr., 1899

Myxomycètes et affines (1.2.3)

Trichoderma citrinoviride Bissett, 1984

Ascomycètes (1.2.2.1)

Xylaria longipes Nitschke, 1867

Ascomycètes (1.2.2.1)